En formation actuellement à l’école supérieure de soins ambulanciers de Genève j’ai l’opportunité de réaliser ce stage à l’étranger. Ce stage servira également de base à mon travail de diplôme pour en évaluer la plus-value.
Après quelques jours de fête de fin d’année et m’être acclimaté, il est temps de commencer le stage.

Nous sommes attendus à la BNSP à 8h du matin. Pour ma part, j’ai tout de suite été prise en charge par un sergent qui me présente environ 100 sapeurs pompiers durant la journée, pas besoin de préciser que je n’ai malheureusement pas retenu tous leurs prénoms et que j’ai salué plusieurs fois les mêmes personnes durant la journée…
Ici, les sapeurs pompiers accomplissent des gardes de 24h. Dans la ville de Ouaga, il y a 4 centrales et je suis affectée à la principale. Il y a donc 4 ambulances en service pour la ville. Certaines ambulances sont payées à l’aide de donations des habitants.
Dans chaque ambulance, il y a 4 sapeurs pompiers. Un pour la conduite, un chef de relève et deux qui s’occupent du patient.
Durant cette période des fêtes, il y a beaucoup de monde sur la route. Nous bénéficions donc de l’aide d’un policier municipal qui nous ouvre le chemin avec sa moto, très pratique, voire obligatoire.

Sans grande surprise, je découvre des véhicules pauvres en matériel. Ici on fait ce qu’on peut avec ce que l’on a…
La base du matériel est :

  • Une civière
  • Une planche  (plan dur) sans sangle
  • 3x collier cervical, usage multiple
  • Une écharpe
  • Gants à usage multiple
  • Cône de lubeck pour la sécurité
  • Un flacon de désinfectant
  • 4 compresses stériles
  • Une bouteille d’O2
  • Un masque d’O2
  • Attelles de membres

L’alarme retentit 4x, c’est donc à l’ambulance de partir.

1ère Alarme : malaise
Jusque là tout va bien. Sur place, patiente inconsciente à l’arrière de la voiture, allongée sur les genoux de la famille. Pour ne pas perdre de temps, on ne prend pas en charge la patiente, mais on escorte la voiture pour arriver au plus vite à l’hôpital. Malheureusement, arrivés aux urgences, les patients font la queue pour rentrer et doivent faire preuve d’une grande patience. Ils peuvent attendre jusqu’à plusieurs jours avant de voir un médecin et attendent donc dans les couloirs.

2ème alarme : AC (accident de circulation)
TC léger, dermabrasions suite à une chute en scooter. Le patient marchera et montera dans l’ambulance sans aide. Dans l’ambulance, les pompiers lui posent un collier cervical en lui disant de ne pas bouger la tête pour « protéger la colonne vertébrale ».

3ème alarme : AC
2 blessés en cause. Arrivée sur place, un attroupement rend facile la localisation de l’accident. Cette fois, c’est plus grave. Cinétique évocatrice mais compliquée à comprendre au premier coup d’œil. Un scooter sur le sol et une voiture avec une importante déformation frontale. Les 2 scootéristes blessés sont l’un à côté de l’autre, éjectés à environ 10m du choc. A l’approche, on se rend compte que nous avons des blessés sévères.

1er patient : présente un scalp frontal de 20cm sans déformation crânienne. GCS 15, orienté. Saignement léger.
2ème patient : conscient, GCS 14, saignement actif et moyen du MID à travers le pantalon. Plaie frontale avec hémorragie active.

Pendant que les 4 collègues vont s’occuper du patient scalpé, blessure plus impressionnante que grave, je profite de sortir mon ciseau et découpe le pantalon du 2ème patient et découvre une fracture ouverte tibia/péroné et fémur (CCMS conservé). Ayant un pansement dans ma poche, j’essaie de stopper l’hémorragie et commence une évaluation.

Les 4 sapeurs pompiers décident d’immobilier le 2ème patient dans une attelle, tibia et péroné (sans le fémur) et le mette sur la civière dans l’ambulance.
Nous appellons des renforts car il est difficile de transporter ces 2 patients dans un seul et même véhicule.
En les attendant, les pompiers prennent en charge le 1er patient, laissant seul celui dans l’ambulance. Je prends donc la décision de rester avec lui, car le patient péjore légèrement son GCS et présente une confusion importante.

Nous partons ensuite pour un hôpital qui accepte les polytraumatisés. Là, durant le transport, je sers les dents et me rends compte à quel point en Suisse la qualité des soins est incroyable. Les routes étant un peu sinueuses et défectueuses, je vois ce patient, ni attaché ni immobilisé, valser de gauche à droite et dans tous les sens. Cependant, le plus impressionnant pout moi a été son  attitude… il n’a prononcé aucun cri, ni aucune plainte.

L’Hôpital est un lieu destiné aux personnes plus aisées. Tout est calme et la prise en charge beaucoup plus rapide. Je remarque toutefois que cela semble plus moderne. Nous laissons donc ce patient entre le mains des médecins. Ma question au retour est : « quelle sera la qualité des chirurgiens et que vont-ils pouvoir faire pour ce patient ? » Question que je ne me suis jamais posée en Suisse…

Première journée plutôt calme à la BNSP, j’ai même le temps d’aller guigner les cours donnés par Florian, Corinne et Matthieu sur l’immobilisation des patients polytraumatisés, cours que je trouve plus que judicieux avec ma petite expérience d’aujourd’hui sur le terrain burkinabé…

Marine Dubuis
étudiante de 2ème année de l’école supérieure de soins ambulanciers de Genève.

Laisser un commentaire